Visard, vous avez dit visard ?

Un visard était un masque ovale de velours noir porté par les dames en voyage au XVIème siècle pour se prémunir des coups de soleil. La mode de l’époque pour les femmes bien nées était d’avoir un teint de porcelaine, car une peau hâlée suggérait un travail à l’extérieur, apanage des pauvres…

La pratique n’a pas rencontré l’approbation générale, comme en témoigne cet extrait d’un polémiste de l’époque :

« Quand elles ont l’habitude de voyager à l’étranger, elles portent des visières en velours, avec quoi elles se couvrent tout le visage.  Elles ont un aspect si effrayant qu’un homme non-averti pourrait croire qu’il a rencontré un monstre ou un diable. Quand au visage, il ne pourrait en voir aucun, que deux larges trous contre ses yeux »

Seule une poignée de visards ont été retrouvés, et la plupart en très mauvais état… Le spécimen le plus intact, le «masque de Daventry», nous donne une idée claire de la construction d’un visard. Trouvé caché dans le mur d’un bâtiment en pierre du XVème siècle, près de la ville de Daventry dans le Northamptonshire, le masque se compose d’une couche extérieure de velours noir, suivie par plusieurs couches de papier pressé, et enfin, une doublure de soie dans la face intérieure. Le masque s’allonge en cône vers son milieu pour laisser de la place au nez. Enfin, de petits trous pour les yeux et une fente pour la bouche étaient aménagés, et un cordon retenant une perle de verre était accroché à l’intérieur du masque. La dame qui portait le visard tenait cette perle entre ses dents, maintenant ainsi le masque en place. Si elle voulait parler, elle devrait enlever le visard.

 

 

L’une des premières références à de tels masques vient d’un texte de William Harrison appelé Description de l’Angleterre. L’auteur y révèle que ces masques, d’abord portés en France, eurent davantage de succès en Angleterre. Pendant un certain temps, après la tendance, le visard était devenu un accessoire de haute couture parmi les riches courtisans. En fait, l’un des seuls autres exemples survivants d’un visard est accessoire de poupée, plutôt qu’un masque grandeur nature. Le visard était apparemment devenu si populaire que même les jouets des enfants les incorporaient.

 

 

En dépit de leur aspect troublant, les visards sont restés en vogue au moins jusqu’au XVIIIème siècle avant de tomber progressivement dans l’oubli. Mais qui sait, la mode pourrait bien revenir ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *