inventio reliquarum.

La croyance chrétienne en un Dieu incarné dans le corps de son fils martyr a fondé  le culte des reliques. La présence du Sacré étant contenue dans les restes de son corps terrestre permettrait à un saint d’exercer son action bénéfique, à partir du lieu même de sa conservation…

Cette adoration fut un facteur primordial de propagation et de consolidation de la foi catholique, à travers la vénération de saints locaux, les récits de leurs miracles, les pélerinages et offrandes qui leur étaient faites. Saints et martyrs, patrons des ordres, des métiers et des cités, étaient à la fois des modèles de comportement et des intercesseurs familiers pour solliciter faveurs, conseils et protections divines…

Des squelettes millénaires couverts de joyaux.

Le Moyen-Age fut un moment privilégié de la dévotion aux reliques, qui fit le renom  et la puissance des églises qui les abritaient, ainsi que des communautés villageoises et urbaines soudées autour d’elles.

A partir du XVIIème siècle, le culte voué aux reliques prit une nouvelle tournure… En effet, avec la mise à jour, en 1578, des catacombes romaines, abritant les premiers cimetières chrétiens, des centaines de « saints » furent expédiés vers les églises d’Europe, et, un siècle plus tard, vers les colonies, afin de soutenir l’action des missionnaires.

Dans ces mises en scène de l’adoration, la palme du fantastique et du merveilleux revient sans conteste au « Macabre Baroque » germanique.

Ce mouvement, particulièrement actif au XVIIème siècle, en Allemagne, en Autriche et en Suisse, couvrait d’étoffes précieuses et de pierreries les martyrs des catacombes romaines, exhumés afin de remplacer les reliques sacrées détruites lors des troubles consécutifs à la Réforme protestante. Ces dépouilles anonymes, tirées d’un oubli de 1200 ans étaient canonisées sans que l’on puisse vraiment attester de leur identité, et exhibées devant un public fasciné…

Le squelette de Saint Hyacinthe, dans l’église de Fürstenfeld, en Autriche.

 

Ces « nouvelles reliques », n’étant plus liées à un contexte géographique, devenaient un talisman universel, en quelque sorte. Ce nouvel état d’esprit changea également le rapport des pelerins aux reliques : Quand  autrefois, ceux-ci touchaient, embrassaient une relique pour s’attribuer ses pouvoirs miraculeux, ils en furent progressivement éloignés, tandis que les reliques elles-même étaient de plus en plus dissimulé au regard des croyants. D’abord, dans des coffrets ajourés aux parois de verre, puis, plus tard, dans des reliquaires  délicatement ciselés, mais totalement opaques. Une volonté de l’Eglise d’éloigner ses fidèles des délires irrationnels que pouvaient provoquer les étranges squelettes princiers vêtus de dentelle et couverts d’or et de joyaux issus du « macabre baroque » germanique.

L’armure qui recouvre les restes de Saint Pancrace a été réalisée en 1777. On peut l’admirer dans l’Eglise Saint Nikolaus, en Suisse

 

Bling Bling.

Entre le macabre et le sublime, ces ossements ornés d’or et d’argent semblent prêts à reprendre vie devant nos yeux. Par leur faste, ils rendent un hommage haut en couleurs à l’Au-Delà, ce qui contraste avec notre conception contemporaine de la mort, tout en retenue et en sobriété.

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